En cas de projection chimique dans l’œil, qu’il s’agisse d’eau de Javel, d’acide, de soude, de chaux, de béton sur un chantier, un seul réflexe: rincer immédiatement l’œil sous l’eau du robinet, au moins un quart d’heure, puis aller consulter tout de suite aux urgences.

La branche reçue dans l’œil, le coup d’ongle de bébé, le gravier ou l’insecte fiché à la surface de la cornée font extrêmement mal, car celle-ci est 300 fois plus innervée que la peau, et ces personnes vont consulter rapidement si la douleur persiste. Le premier risque d’une plaie à l’œil, même superficielle, c’est l’infection. Et en cas d’effraction, l’infection intraoculaire, gravissime, peut provoquer la perte de l’œil. L’antibiothérapie est donc systématique.

Pas forcément douloureux

«Une blessure à l’œil n’est pas forcément douloureuse, et le plus douloureux n’est pas forcément le plus grave.»

Dr Éric Tuil, ophtalmologiste (hôpital des Quinze-Vingts, Paris).

De même, le bricoleur ou l’ouvrier qui se projette un morceau de métal ou une mèche d’outil dans l’œil faute d’avoir mis des lunettes de protection va immédiatement arriver aux urgences. «Mais une blessure à l’œil n’est pas forcément douloureuse, et le plus douloureux n’est pas forcément le plus grave. Un éclat très petit peut pratiquement passer inaperçu s’il pénètre dans l’œil à très grande vitesse et faire de gros dégâts sur le cristallin, l’iris, le vitré ou la rétine, immédiats ou à distance de l’accident, explique le Dr Éric Tuil, ophtalmologiste (hôpital des Quinze-Vingts, Paris). La règle absolue, c’est donc de toujours rechercher la présence d’un corps étranger, à l’aide de radios et d’un scanner. D’autant qu’un fragment de fer ou de cuivre négligé libère des sels toxiques pouvant provoquer la perte de l’œil.»

Autre règle absolue: ne jamais toucher à une plaie de l’œil ni tenter d’enlever un corps étranger. «Il faut mettre un pansement sans appuyer du tout, et aller immédiatement aux urgences. Les secours mettent une coque sur l’œil pour le protéger, ou à défaut le fond d’un gobelet coupé», souligne le Dr Tuil. L’urgence pour l’ophtalmologiste, c’est donc de fermer le globe au plus vite, ôter ou pas le corps étranger, selon sa composition, sa taille et sa localisation, et faire un bilan complet de l’œil, quitte à réopérer plus tard.

Mais la prévention, surtout, devrait s’améliorer. Le port indispensable de lunettes de protection pour des sports comme le squash, les travaux ou le bricolage dangereux devrait être systématiquement rappelé dans les établissements concernés et les magasins de bricolage.

C’est arrivé en 2016 Une manifestation devant le tribunal de Bobigny, le 21 novembre 2016. 

Des débats difficiles à la mobilisation contre les violences policières, retour sur une semaine d’audience à Bobigny, où la justice entendait les trois policiers qui ont grièvement blessé six manifestants à coups de flash-ball à Montreuil, en 2009.

  •   Flash-ball: «Une victime avec un œil crevé, vous referiez la même chose ?»

D’un bout à l’autre de la semaine, l’ambiance aura été houleuse. Pouvait-il en être autrement, lorsque deux mondes si éloignés cohabitent, le temps d’un procès, dans l’exiguïté d’une salle correctionnelle ? Sept longues années après les faits, survenus le soir du 8 juillet 2009 à Montreuil, le tribunal de Bobigny examinait les blessures de six manifestants, Rouchdi, Joachim, Igor, Gabriel, Eric et Flora. Des «anarchos», dans le jargon de la police. D’après l’instruction de la juge Mélanie Belot, il ne fait aucun doute que ces meurtrissures (Joachim Gatti a perdu un œil) ont toutes été causées par les tirs de flash-ball de trois policiers, Patrice L.G., Mickaël G. et Julien V., affectés à l’époque en Seine-Saint-Denis.

Ce 8 juillet 2009, une cinquantaine de militants se pressent devant la grille d’une clinique désaffectée aménagée en squat. Le matin, quinze personnes en ont été délogées. Après un dîner de soutien en plein air dans le centre-ville de Montreuil, un feu d’artifice est lancé, signal de départ d’une action de protestation. Deux des trois prévenus prétendent alors essuyer une «pluie de projectiles» de la part des manifestants. Ce que battent en brèche une dizaine de témoins directs, résumant le caillassage supposé à un jet de cannette, voire de bouteille en verre. Les policiers tirent alors six fois, dont cinq au-dessus de la ligne d’épaule, de nuit, sans utiliser le viseur. Soit l’inverse de la doctrine d’usage du flash-ball, consignée dans une note de service de la direction générale de la police nationale.

Mardi, 15 heures

Le fameux «effet tunnel» – qui empêche une personne de discerner son environnement en situation de tension – souvent invoqué par les policiers pour justifier leurs gestes dans les moments de grande confusion, surgit au procès. «C’est dans la nature humaine», tente Mickaël G. lorsque le président, Dominique Pauthe, l’interroge sur ce qu’il a vu de l’action de son collègue Julien V. :

– «Le premier tir, vous ne l’avez pas vu ?

– Non, je vois une personne chuter, c’est tout.

– Mais un tir de flash-ball ça s’entend…

 Je n’ai ni entendu ni vu les tirs de flash-ball.

– Vous n’avez pas vu ni entendu grand-chose sur cette place !» ironise le président.

Avec une carte de la zone, le tribunal s’évertue à comprendre l’action de chacun. Le débat s’enlise. «Quelle était la menace ?» relance le président. Mickaël G. répond : «Ils jetaient des projectiles, couraient, on a voulu mettre un terme à tout ce bordel sur la voie publique.»L’enquête de voisinage dément cette version. Intrigué, un assesseur tente ensuite de comprendre pourquoi les policiers sortent de leur véhicule équipés d’un flash-ball sans l’aval de leur supérieur : «Vous êtes soumis à une pyramide hiérarchique…» Julien V. : «On est une unité anticriminalité et antiémeute, si on nous avait dit qu’il ne fallait pas prendre le flash-ball, on n’aurait pas pris le flash-ball, insiste le policier qui ne semble pas comprendre les questions du tribunal. Dans nos missions, quand on descend, il y a toujours une personne qui est équipée du flash.»

Le tribunal s’intéresse ensuite à Patrice L.G., auteur du tir sur Joachim Gatti. L’assesseur demande : «Compte tenu du résultat, une victime avec un œil crevé, vous referiez la même chose ?» La réponse, fuyante, du policier: «Je referais la même action, mais pas avec cette arme.» Le tribunal sursaute, lui demande celle qu’il utiliserait désormais. Mais l’agent reste évasif : «Aujourd’hui, on dispose du 40, le LBD40.» Il s’agit d’un autre modèle de lanceur de balle, dont sont équipées les forces de l’ordre depuis quelques années. La salle hurle, l’audience est suspendue.

Mercredi, 11 heures

Le tribunal demande à deux experts de se présenter au procès pour évaluer la précision de l’arme. Dans des conditions parfaites, «à 20 mètres, vous êtes toujours à côté: je crois bien que j’ai jamais atteint le point de visée», s’emporte l’un des deux. Selon lui, l’écart constaté peut aller jusqu’à un mètre selon la distance. Ce procès n’est-il finalement pas celui d’une arme défectueuse plutôt que celui des policiers ? C’est en partie la stratégie de la défense. Un argument que des victimes des lanceurs de balle, appelées à la barre en tant que témoins, vont contribuer à faire tomber.

Le successeur du flash-ball, le LBD40, mutile tout autant. Pierre Douillard-Lefevre, premier à passer à la barre, a été éborgné en 2007, à 16 ans, par cette arme. A l’époque, le LBD40 était en phase de test. «Avec le flash-ball, il ne s’agit pas de repousser les individus mais de les frapper, c’est une nouvelle doctrine du maintien de l’ordre, analyse le jeune homme. Le LBD40 est une arme plus puissante, plus précise, mais il touche également la tête.»

Jeudi, 13 h 30

Une foule compacte se presse aux deux entrées de la salle : l’une, réservée aux prévenus et à leurs collègues musculeux. L’autre, investie par les militants du collectif 8 Juillet, et leur slogan «Mais que fait la police ? Ça crève les yeux !» L’atmosphère est électrique – le procureur Loïc Pageot s’apprête à prononcer son réquisitoire – et… ubuesque. Arrivés les premiers, les trois policiers ainsi que leurs familles, amis et soutiens occupent les deux tiers des places disponibles. Si l’on ôte les 30 sièges réservés à la presse, les proches des blessés n’ont droit qu’à un carré restreint. Joachim Gatti, à qui la balle en caoutchouc de Patrice L.G. a crevé un œil, se présente alors au filtrage… mais les policiers chargés du service d’ordre le bloquent : «Consignes !» Vingt minutes s’écoulent. Les slogans redoublent : «Liberté, liberté, pour les frères Traoré !» en référence aux frères d’Adama Traoré, mort cet été lors de son arrestation par les gendarmes, placés mercredi soir en détention provisoire.

A l’intérieur de la salle, la poignée de militants ayant pu entrer refuse de s’asseoir tant qu’une stricte égalité du nombre de sièges ne sera pas respectée. C’est alors qu’entre en scène Flavien Fouquet, le très calme secrétaire général du parquet de Bobigny. Il ordonne l’évacuation de la salle et somme un major de police de procéder à un comptage minutieux. Le nouveau plan de table est adopté : 43 soutiens des parties civiles, 43 soutiens des policiers et 30 journalistes un peu hébétés par ce qui se déroule sous leurs yeux.

Même le procureur, Loïc Pageot, quitte un temps son promontoire pour veiller. Ensuite, il s’attachera à démontrer «l’illégitimité de la force engagée ce soir-là». Pour cela, il note que «la nécessité», «la proportionnalité», et «la conscience d’un danger immédiat» – conditions pour que la légitime défense soit retenue – «n’étaient pas réunies». Pour Patrice L.G., qui a éborgné Gatti, le magistrat réclame trois ans avec sursis, trois ans d’interdiction professionnelle ainsi que cinq ans sans arme. Pour Mickaël G. et Julien V., la peine tombe à dix mois avec sursis et dix-huit mois d’interdiction d’exercer. Fait rarissime, Loïc Pageot reconnaît enfin «les erreurs de son parquet»,coupable d’avoir mis deux ans à rendre son réquisitoire, ce qui a considérablement retardé le procès.

Vendredi 11 h 30

La parole finale revient à Laurent-Franck Liénard, avocat de Patrice L.G. et défenseur depuis vingt-cinq ans des flics de tous bords. Sa plaidoirie est aussi précise juridiquement qu’arrogante envers les victimes. Il rappelle le rôle nécessaire de la police en démocratie, évoque «des hommes [les prévenus] qui n’ont jamais voulu ce qui est arrivé» et souligne la faillite de la hiérarchie – grande absente des débats. Grandiloquent, il déclame : «N’oubliez jamais que ce sont les policiers qui entrent au Bataclan, pas nous.» La veille, dans sa plaidoirie en faveur des parties civiles, Irène Terrel avait asséné que «l’impunité créait des monstres». Deux mondes restés hermétiques de bout en bout. On est en 2019 l’histoire se répète….Y a eu aucun changement….si la puissance des flash-ball

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