Qui est Abderrahmane Dahmane……

Depuis quelques jours, les attaques contre les musulmans en France se multiplient. Ces attaques émanent de l’extrême‑droite, de milieux proches des lobbys juifs mais surtout de l’UMP, le parti au pouvoir. A l’approche des élections présidentielles de 2012, le parti de Nicolas Sarkozy multiplie en effet les déclarations blessantes à l’égard des musulmans.

Abderrahmane Dahmane limogé par Nicolas Sarkozy

Jusque‑là, les Musulmans observaient les débats avec une certaine prudence. Mais, jeudi 10 mars, une réunion pour « pour la dignité de l’islam de France », organisée à la Grande mosquée de Paris, a réuni une centaine de personnes : des élus d’origine musulmane, des représentants de partis politiques français et des membres de la communauté musulmane. De nombreux journalistes étaient présents pour couvrir les débats. Dans la salle, les présents ont dénoncé le débat sur l’islam porté par le parti présidentiel. 
Abdellah Zekri, membre du CFCM, prend la parole et dénonce la campagne contre les musulmans. Il déchire sa carte d’adhérent à l’UMP, applaudi par la majorité des présents dans la salle. « J’ai fait une déclaration pour dire que je ne me sentais pas à l’aise au sein de l’UMP. Dans ce parti, des gens tiennent des propos pires qu’au Front national. J’ai déchiré ma carte devant tout le monde et appelé les autres militants UMP d’origine musulmane à faire de même », raconte‑t‑il à TSA. D’habitude réservé et prudent, Dalil Boubakeur, recteur de la mosquée de Paris, « a applaudi mon geste et dit bravo », raconte M. Zekri. 

Parmi les présents figure aussi Abderrahmane Dahmane. Ce dernier, d’origine algérienne, est président du Conseil des démocrates musulmans de France et surtout conseiller à l’intégration du président Nicolas Sarkozy. M. Dahmane a bien tenté de dédouaner Nicolas Sarkozy qui, selon lui, « a voulu ce débat pour la défense des musulmans ». M. Dahmane a pris pour cible Jean-François Copé, le secrétaire général de l’UMP, souvent en première ligne dans les débats mettant en cause l’islam et les musulmans en France. « L’UMP de Copé, c’est la peste pour les musulmans. Il est hors de question que je sois le supplétif de M. Copé », a dit M. Dahmane. Avant d’appeler les musulmans à ne pas renouveler leur adhésion à l’UMP tant que le débat sur l’islam, censé se conclure par une convention du parti le 5 avril, ne serait pas annulé. 

Ce vendredi, Nicolas Sarkozy a mis un terme aux fonctions de son conseiller. « Je n’ai pas l’intention d’être le supplétif alimentaire de Sarkozy ou de Copé », a expliqué Abderrahmane Dahmane à l’AFP. « Il vient de me rendre ma liberté, je vais me mettre en campagne pour défendre la dignité des musulmans de ce pays », a‑t‑il ajouté. 

Interview par TSA : 

Pour avoir protesté contre le débat sur l’islam et les discriminations contre les musulmans en France, Abderrahmane Dahmane a été limogé ce vendredi 11 mars de son poste de conseiller de Nicolas Sarkozy et son téléphone mobile coupé par l’Élysée. TSA a pu le joindre pour un entretien. 

Que s’est-il passé exactement ? 

Hier nous avons fait une réunion de l’ensemble des musulmans à la Mosquée de Paris. Pour nous, il s’agissait simplement de mettre fin à ce débat honteux. Ce débat qui discrimine et stigmatise les musulmans de France. Comme vous le savez, la communauté algérienne et d’origine algérienne est majoritaire et elle est musulmane. Peu importe, que ses membres soient pratiquants ou non pratiquants, ils sont respectueux de la République et de ses valeurs. D’autant plus que ces musulmans qui vivent ici n’ont pas acquis leur nationalité par la mendicité. Ils se sont battus pour cette France. Ils se sont battus pour ses valeurs. En 14‑18, 50 000 musulmans sont morts à Verdun. En 39‑45, ils ont répondu présents pour chasser l’ennemi nazi. 

A partir du moment où ce sont des citoyens à part entière, il était pour moi exclu d’initier un débat sur l’islam en France. J’ai personnellement informé le président à plusieurs reprises que ce débat est contre‑productif. Et qu’il ne pouvait pas intéresser la population française étant donné que le problème est la crise en France, le chômage, le logement… Il fallait s’occuper de ces vrais problèmes des Français au lieu de s’occuper des religions. Le débat sur l’islam doit se faire dans les mosquées tout comme le débat sur le judaïsme doit se faire dans les synagogues et le débat sur le christianisme doit se faire dans les cathédrales. 

Mais vous soutenez Nicolas Sarkozy depuis 2003… 

J’ai pensé que j’avais un accord avec Nicolas Sarkozy. Un accord d’amitié. Il ne peut pas dire un jour je suis l’ami des musulmans et un autre jour lancer des débats et les confier à des personnes qui sont de réelles pestes pour les musulmans dont Copé (ndlr : Jean-François Copé, secrétaire général de l’UMP), ses adjoints et certains de ses partenaires qui sont très proches du Front national. Nous n’avons pas adhéré et milité au sein de l’UMP et nous n’avons pas soutenu Sarkozy pour qu’il nous mette dans une situation de discrimination et de stigmatisation. Je ne suis pas le supplétif alimentaire ni de Nicolas Sarkozy, ni de Copé et encore moins d’autres personnes. Et c’est pour cette raison que j’ai rassemblé des élus de droite, de gauche, du centre ainsi que l’ensemble des associations de banlieue et j’ai dit clairement et nettement que Copé est une peste pour les musulmans et je continue à le maintenir même si Sarkozy a envie de se séparer d’un homme qui est loyal est fidèle. Mais je suis loyal d’abord à ma communauté. La communauté musulmane. 

Aujourd’hui, certains pensent que les musulmans en France ont le droit de raser les murs et de se taire. Moi, je dis : on ne peut pas accepter cette situation. Les musulmans ont une valeur, une bravoure. Ils ont su se battre à travers les temps contre toutes les discriminations et contre tous les racismes. Je me suis dit : il faut qu’on donne une leçon à ces apprentis de la laïcité qui n’ont rien vu venir. Ils n’ont pas vu que le monde arabe est actuellement en pleine ébullition démocratique. Les Français d’origine algérienne, qui sont majoritaires dans ce pays, sont respectueux de la légalité. Mais ils ne vont pas se laisser faire. Nous n’allons pas prendre le bateau pour partir comme une certaine députée UMP l’a dit à l’assemblée nationale. 

Que vous a reproché Nicolas Sarkozy ? 

Malheureusement, Nicolas Sarkozy a fait une grosse connerie. Il a suivi certains de ses conseillers. Il me reproche d’avoir critiqué le débat et d’avoir critiqué son parti. Pour moi, le parti qui est l’équivalent du Front national, je le critique. Je suis un militant associatif. J’ai rejoint Nicolas Sarkozy à sa demande. Tout le monde le sait : en 2003, je n’étais pas d’accord sur certaines de ses propositions. J’ai joué le jeu pendant 8 ans. Mais je ne jouerai pas le jeu du fascisme. Je ne jouerai pas le jeu de l’exclusion. 

Avez-vous l’impression qu’il existe aujourd’hui une volonté du président Sarkozy d’attaquer et d’exclure les musulmans ? 

Bien sûr, notamment à partir du moment où le président maintient un débat qui est rejeté par tout le monde, y compris par Alain Juppé et François Fillon. Nicolas Sarkozy se trompe en cherchant à être réélu en 2012 avec les voix du Front national. Parce que c’est la voie de la diversité qui lui a permis d’être élu en 2007. En 2012, nous ferons barrage au fascisme. On fera barrage au Front national. On fera barrage aux amis du Front national. 

Cela veut-il dire que vous appelez à ne pas voter Nicolas Sarkozy en 2012 ? 

Aujourd’hui, j’appelle à voter contre l’UMP à toutes les cantonales. Et nous attendons la réaction du président. Le débat sur l’islam n’est pas tabou mais le débat qui veut faire des musulmans des boucs émissaires, il n’en est pas question. 

Avez-vous discuté aujourd’hui avec Nicolas Sarkozy ? 

Je ne cherche pas à discuter avec les gens qui s’associent au Front national. 
…/… 

Sous Sarkozy, le racisme anti-musulman s’affiche sans complexes 

Ces dernières années, en France, s’attaquer à l’islam et aux musulmans fait partie des choses les plus banales. Il peut même ouvrir les portes de la gloire. Avant, ces attaques provenaient presque exclusivement de l’extrême‑droite, notamment le Front national. Les attaques concernaient des immigrés, c’est‑à‑dire des personnes qui ne sont pas françaises. Depuis l’arrivée de Nicolas Sarkozy au pouvoir en 2007, elles se sont presque banalisées. Elles sont menées par la droite au pouvoir, l’extrême‑droite et les milieux proches d’Israël. Elles ciblent les musulmans en général, sans distinction entre les étrangers et les Français de confession musulmane. 

Le cas du journaliste Eric Zemmour illustre parfaitement cette nouvelle situation. M. Zemmour a déclaré sur la chaîne de télévision Canal+ qu’en France la majorité des délinquants sont soit des Arabes soit des Noirs. « Les Français issus de l’immigration sont plus contrôlés que les autres parce que la plupart des trafiquants sont noirs et arabes… C’est un fait », a‑t‑il dit au cours d’une émission très regardée. 

Après ces propos, Eric Zemmour a reçu le soutien de la quasi‑totalité des hommes politiques de l’UMP, le parti de Nicolas Sarkozy. Et lorsqu’il a été poursuivi pour diffamation, le journaliste a reçu un soutien inattendu : celui de Jean‑Pierre Chevènement. « Sans doute M. Zemmour a‑t‑il, dans le feu de la discussion, utilisé une formulation excessivement brutale mais il n’a hélas, pas dit une chose matériellement inexacte, estime Chevènement. Il suffit, comme j’ai eu l’occasion de le faire, de consulter les listings de la Direction centrale de la Sécurité publique du ministère de l’Intérieur, pour constater que plus de 50 % des infractions constatées sont imputables à des jeunes dont le patronyme est de consonance africaine ou maghrébine », a écrit M .Chevènement dans sa lettre de soutien adressé au tribunal de Paris où Eric Zemmour était poursuivi pour diffamation. 

Finalement, Eric Zemmour a été condamné en février dernier pour provocation à la haine raciale et s’est vu infliger 2000 euros d’amende avec sursis. Jean‑Pierre Chevènement, Sénateur de gauche, préside depuis quelques jours l’Association France‑Algérie. A Alger, lors de ses visites, il a droit à un accueil digne d’un chef d’État. 

Autre cas, celui de l’ancien ministre de l’Intérieur Brice Hortefeux. Il a été condamné en juin 2010 pour injure raciale à une amende de 750 euros et à des dommages‑intérêts de 2000 euros. Brice Hortefeux était poursuivi par le Mrap (Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples) pour ses propos controversés à l’adresse d’un militant UMP d’origine arabe. Lors de l’université d’été de l’UMP, Brice Hortefeux avait déclaré : « Lorsqu’il y en a un, ça va, c’est lorsqu’il y en a beaucoup qu’il y a des problèmes ». Malgré cette condamnation, le président français a maintenu en poste son ministre jusqu’au dernier remaniement où il a été remplacé par Claude Guéant. 

Ces deux cas sont les plus emblématiques de la multiplication des attaques contre les musulmans en France. Ils viennent s’ajouter aux vexations quotidiennes subies par la communauté musulmane dans ce pays. Les derniers sondages sur l’islam montrent une nette hausse de l’hostilité des Français à l’égard des musulmans. 

Selon un sondage publié récemment par le quotidien français Le Monde, 42 % des Français considèrent les musulmans « plutôt comme une menace » et 68 % des Français estiment que les musulmans ne sont pas intégrés, une majorité d’entre eux explique ce constat par le « refus [de la communauté musulmane elle‑même] de s’intégrer à la société française » (61 %). Seuls 4 % des Français estiment que les musulmans sont « tout à fait » intégrés

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