La race tue deux fois….

R.BÇa me fait rire jaune d’observer ce que pas mal de français semblent découvrir au sujet de la BAC… les abus des services de police…gardiens de prison…etc…. Leurs victimes basanés des banlieux l’ont pourtant tellement hurlé…subit…vécu, mais voilà… Leurs voix, leurs indignations, leurs souffrances,leurs cris…. vis à vis de cette répression policière ne valaient et ne valent rien…… les quartiers populaires sont une constante depuis cinquante ans. Le cas de Théo s’inscrit dans cette lignée historique d’affaires, pour certaines suivies d’une indignation nationale et de promesses de changement. Qui n’ont jamais abouti. Un crime raciste : une violence spécifiquement dirigée vers une personne en raison de son appartenance à un groupe On relève des coups et blessures, des homicides ou des destructions de biens. Les violences policières peuvent également être motivées par un préjugé raciste et entrer sous cette catégorie. Adama et Théo s’inscrivent donc dans la longue liste de jeunes hommes victimes d’une violence policière perçue comme raciste.
Combien de ces crimes sont attribués aux forces de police ? C’est un chiffre très difficile à déterminer. D’une part, parce que l’accès aux sources est compliqué et, d’autre part, parce qu’il existe un fort risque de sous-­déclaration. une base de données de 731 actes dénoncés comme étant des crimes racistes entre 1970 et 1997. Ce qui fait une moyenne de 27 cas par an. Dans cet ensemble, 66 % des cas sont des violences politiques commises par des sympathisants ou militants d’extrême droite, 16 % sont des violences situationnelles qui mettent en scène des voisins, des commerçants, des vigiles… et 18 % sont des violences policières. L’accès aux archives est limité en raison des délais de communicabilité qui peuvent aller de 25 à 100 ans. Il est possible de demander des dérogations, mais les services producteurs peuvent refuser. Les actes de ce type sont fermement dénoncés depuis les années 1970. Une catégorie de la population, repérée par des critères dits ethniques (couleur de la peau, traits physiques et culturels), est associée par la police à des corps déviants qui doivent être disciplinés. Il faut aussi préciser que les moyens légaux pour déterminer le caractère raciste et illégitime de ces violences sont encore faibles, voire inexistants. La question du racisme est même un élément qui tend à disparaître au fur et à mesure que la procédure pénale avance.
Cette idée résume ce qui est vécu par les personnes confrontées à ces violences. La race tue une première fois quand on subit une violence en raison de la catégorie ethnique à laquelle on a été assigné. À travers son geste, l’auteur des faits exprime de l’hostilité envers l’ensemble du groupe auquel la victime est supposée ­appartenir. La deuxième violence est la conséquence du traitement pénal, politique et législatif dont bénéficie ce type de faits. Loin de prendre en compte les catégories ethniques assignées, on va plutôt les occulter. Les victimes sont jugées selon des règles de droit commun alors qu’elles auraient besoin d’un aménagement du droit. Il y a un profond hiatus entre le groupe concerné par ces violences et le système pénal. D’un côté, les victimes dénoncent un usage de la force qui est à la fois abusif et régulièrement dirigé vers des personnes qui sont jeunes, issues de classes populaires et de l’immigration africaine. De l’autre côté, les forces de l’ordre invoquent la légitime défense ou un usage réglementaire de la violence et obtiennent facilement gain de cause. Les procès se concluent, très souvent, par des non-lieux, des acquittements ou des peines de prison légères avec sursis.
Les sévices sexuels subis par Théo sont-ils un cran supplémentaire franchi dans ces violences ?
Ce n’est pas le premier cas. En 1985, à Rouen, douze inspecteurs ont été inculpés pour atteinte à la pudeur et coups et blessures sur cinq mineurs. Durant leur garde à vue, les cinq mineurs ont, entre autres, été forcés de se déshabiller et de se rhabiller le plus vite possible. Le dernier habillé était frappé et devait passer le sexe de ses camarades au papier carbone. Plus récemment, en 2015, à Paris, dix-huit adolescents ont signalé des violences et des attouchements régulièrement pratiqués par une brigade de police du 12e arrondissement. Ce type de pratiques n’est pas exceptionnel à proprement parler, mais il est difficile d’évaluer leur fréquence. Il semble qu’elles restent taboues. Être victime d’une violence policière, c’est vivre une humiliation et une injustice qu’il est déjà difficile de partager. La dimension sexuelle complexifie encore davantage la chose.
L’identité des victimes est un critère qu’il est impossible d’occulter. Il est certain que ces violences peuvent toucher différents types de personnes, on l’a vu pendant les manifestations contre la loi travail. La différence, c’est que, pour les quartiers populaires, il y a une cible : des jeunes considérés comme assistés, inadaptés, potentiellement délinquants. Cette construction d’un groupe engendre une relation particulière entre les policiers et les jeunes de banlieue, qui sont fréquemment les cibles de ces violences depuis cinquante ans, sans que ces derniers participent à une quelconque manifestation ou soient en train de commettre une infraction.
L’aspect post-colonial dans les humiliations de ces violences à caractère sexuel ? il faudrait mener une enquête approfondie sur l’usage des sévices sexuels pendant la colonisation. Mais poser la question du post-colonial, ce n’est pas seulement dénoncer des faits actuels en trouvant des faits similaires au sein de la période coloniale. Il faut aller plus loin en interrogeant les mécanismes qui permettent à la violence de s’exercer contre un groupe dans deux situations historiques pourtant bien distinctes. Parler du post-colonial en France, c’est donc éclairer la manière dont des politiques publiques, telles que la politique d’immigration ou la politique à l’égard des quartiers populaires, ont continué à créer des « races », c’est-à-dire des catégories de personnes qui sont perçues selon des critères ethniques et qui sont par là même confrontées à une violence spécifique.
Le racisme dans la police est-il structurel ? Il est structurel dans la mesure où il s’inscrit dans un ensemble plus vaste. L’ethnicité, comme la classe et le genre, fait partie des principaux critères qui permettent de classer et de hiérarchiser les membres d’une société. Le problème, c’est qu’une valeur négative a été associée aux critères ethniques auxquels sont notamment assignés les jeunes Français issus de l’immigration africaine. On leur prête des valeurs morales moins nobles que les autres Français, on les accule au rang de sous-citoyens. De l’autre côté, les policiers ont pour principale fonction le maintien de l’ordre public. Dans une telle configuration, le fait que les seconds aient des préjugés et usent de la force pour discipliner les premiers, dans un réflexe quasi préventif, semble inévitable. Les jeunes de quartier forment un groupe à contrôler tout désigné.
L’indignation nationale qui a suivi l’affaire Théo avec François Hollande qui se rend au chevet de sa victime est-elle nouvelle ?
Lorsque la violence est exercée par un policier, je ne suis pas sûre que ce soit déjà arrivé. Par contre, lorsque l’auteur est un individu ordinaire, le fait que la classe politique s’offusque est un classique. En 1983, à l’issue de la marche pour l’égalité et contre le racisme, une délégation a été reçue à l’Élysée par François Mitterrand. Le gouvernement avait alors promis le vote d’une loi permettant d’aggraver les peines dans les affaires de crimes racistes. Cette loi n’a été votée qu’en 2003 dans un tout autre contexte. Autre exemple, le 1er mai 1995, entre les deux tours de l’élection présidentielle et pendant le défilé du Front national à Paris, Brahim Bouarram, un jeune Marocain de 30 ans, est tabassé et jeté dans la Seine par des skinheads. Il ne sait pas nager et meurt noyé. Les différents candidats à la présidentielle ont tous protesté et commenté l’affaire. Depuis les années 1980, la classe politique a maintes fois exprimé son émoi ou son indignation, mais le stade de l’émotion n’a jamais été réellement suivi d’actes concrets, encore moins dans le cas des violences policières. L’idée d’un récépissé pour les contrôles d’identité, évoquée au début du quinquennat de François Hollande avant d’être abandonnée, est une idée qui pourrait être réévaluée. Il y a sans doute aussi un travail à faire sur la formation des policiers. Concernant le caractère ­raciste de la violence, depuis 2003, la loi Lellouche permet une aggravation des peines lorsque le mobile raciste d’un crime est reconnu, mais il faut qu’une insulte raciste ait été prononcée avant, pendant ou après les faits. Pour que cette loi soit plus efficace, il faudrait pouvoir inverser la charge de la preuve. Mais ces dispositifs dépendent plus largement d’une profonde volonté de changement politique et social. Ce qui est en jeu à travers cette question des violences policières et plus généralement des crimes racistes, c’est le rapport que la classe politique entretient avec les groupes ethniquement minorisés. On ne peut pas, d’une part, s’offusquer des violences à caractère raciste et, d’autre part, jeter régulièrement de l’huile sur le feu par exemple en souhaitant une réforme de la nationalité ou encore en instrumentalisant la laïcité. Ces types de discours ne sont pas sans conséquence, ils participent à stigmatiser une partie de la population. Ils sont un terrain propice au développement de la violence raciste, qui peut se manifester par des actes de discrimination ou des agressions physiques. La responsabilité des hommes et femmes politiques, mais aussi celle des médias est énorme. Par exemple, je n’ai pas compris pourquoi certains journaux se sont soudainement intéressés à la procédure en cours contre la famille de Théo, mais je note que c’est également un classique. En général, après une affaire qui met en scène un policier, le passé pénal ou mental de la victime est très vite exposé de façon à rééquilibrer, voire à inverser les torts.
(1) « La race tue deux fois.

Publicités

Laisser un commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.