L’emploi des gaz lacrymogènes est toxique pour la santé et la démocratie

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Manifestant pacifiste gazé par les CRS lors d’une manifestation des Gilets Jaunes à Paris, novembre 2018
– Licence : DR

Les manifestations pacifiques ou plus radicales sont souvent contrôlées et dispersées par l’usage de gaz lacrymogène. Si ce type de répression a l’avantage immédiat de ne pas blesser directement, les gaz émis sont potentiellement très dangereux pour la santé. Un sujet brûlant lorsque l’on constate que les forces de l’ordre, notamment en France, n’hésite pas à « gazer » les populations, y compris les plus fragiles et ce sans aucun ménagement, ni discernement.

Le gaz lacrymogène est un composé chimique qui provoque une incapacité temporaire par irritation des yeux et/ou du système respiratoire. Il s’agit principalement du propane dinitrile[(2-chlorophényl)méthylène] ou CS. Il est utilisé par les forces de l’ordre car considéré comme faiblement toxique et non létal.

Pourtant, les Nations Unies classent le gaz lacrymogène comme une arme chimique, « autorisée par la Convention sur les armes chimiques à des fins de maintien de l’ordre sur le plan intérieur » mais « interdit[e] en tant que moyen de guerre. » par la même Convention.

L’usage des gaz lacrymogènes en France

Le gaz lacrymogène est utilisé soit en aérosol (un spray) pour l’auto-défense, soit en grenades. Les forces de l’ordre chargées d’encadrer et de contenir les manifestations en France (CRS notamment) ont de nombreux moyens de répression et abusent volontiers des gaz lacrymogène pour disperser ou faire reculer la foule.

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Plusieurs textes de loi précisent l’utilisation des gaz lacrymogènes en France. En premier lieu, l’article L-211-9 du code de la sécurité intérieure, qui reprend l’article 431-3 du code pénal, stipule que « les représentants de la force publique appelés en vue de dissiper un attroupement peuvent faire directement usage de la force si des violences ou voies de fait sont exercées contre eux ou s’ils ne peuvent défendre autrement le terrain qu’ils occupent ». Le préfet de police, « tout officier de police judiciaire responsable de la sécurité publique, ou tout autre officier de police judiciaire », le chef d’unité sur le terrain, le commandant de CRS ou le capitaine d’escadron de gendarmerie mobile sont habilités à prendre la décision de recourir aux gaz lacrymogènes.

Malheureusement, l’actualité récente soulève de nouveau la question de l’usage abusif de ces gaz sur les personnes. En France, de nombreuses manifestations, y compris locales, et occupations pacifiques sont réprimées violemment, avec un usage tout à fait disproportionné de gaz lacrymogène, ceci avec une absence totale de discernement des forces policières envers les plus fragiles.Sur le même sujet :

De très nombreuses manifestations et vidéos témoignent de cet usage inconsidéré des gaz lacrymogène et nous citerons quelques exemples, parmi tant d’autres.

Manifestations contre la loi El Khomri, début 2016

Alors que les gouvernements successifs sont incapables de gouverner, le climat social s’est détérioré en France. Ainsi est né, fin mars 2016, le mouvement Nuit Debout, qui se veut démocratique et pacifique : « des assemblées se forment où les gens discutent et échangent. Chacun se réapproprie la parole et l’espace public. » Ces rassemblements démocratiques sont considérés par le pouvoir comme une menace et il emploie de plus en plus la force pour y mettre fin.

Ces aspirations citoyennes ont donné une nouvelle dimension au défilé du 1er mai 2016. Mais, cela n’a pas empêché les CRS de provoquer et gazer des manifestants pacifiques.

À Toulouse, les syndicats ont manifesté le 31 mars 2016 contre la réforme du code du travail. Des dizaines de manifestants pacifistes, assis sur un passage piéton, sont soudainement aspergés de gaz lacrymogène par les CRS.
Des manifestants pacifistes sont aspergés de gaz lacrymogène

La zone occupée à Notre-Dame-des-Landes sous un brouillard de gaz lacrymogène

La répression policière envers les opposants au projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes a été particulièrement violente et les gaz lacrymogènes ont été massivement utilisés, noyant la zone occupée par les manifestants dans un épais brouillard toxique, alors que des personnes vivaient sur place.Plongé dans le brouillard des gaz lacrymogènes, le bocage de Notre-Dame-des-Landes était le théâtre vendredi 23 novembre 2012 de scènes de guérilla rurale entre opposants à l’aéroport et forces de l’ordre, avec des tirs nourris de projectiles de part et d’autre et de fortes explosions.

Les familles Roms gazées et enfermées volontairement

Ce fût également le cas début janvier 2013 lorsque plusieurs dizaines de policiers ont saccagé et aspergé de gaz lacrymogène l’un des plus grands squats de Roms de l’agglomération lyonnaise à Saint-Fons. Les enfants, nombreux, ont été gazés sans ménagement, avec leurs mères, parfois même en les enfermant de force dans leur logement de fortune, un motif suffisant pour entraîner la mort.

Cette violence envers les Roms a été dénoncée par Geneviève Garrigos, présidente d’Amnesty International : « La France fait pâle figure au sein de l’Union européenne et devrait rougir de la manière dont elle traite les Roms, contrairement à ce qu’a pu dire M. Hollande. Elle les enferme dans une spirale de violences, tant dans les propos que dans les actes qui, s’ils ne sont pas condamnés systématiquement, pourraient se banaliser.« 

Les anti-corridas gazés à Rodilhan

Manifestants gazés et frappés lors de la manifestation anti-corrida de Rodilhan en octobre 2013

Les familles « bourgeoises » gazées à « La Manif pour Tous »

« La Manif pour Tous », qui « s’oppose à la GPA (mères porteuses), à la PMA pour les couples de femmes, et à l’idéologie du genre » a également subi une répression surdimensionnée. Ainsi, des parents et des enfants ont été gazés sous les rires narquois de certains CRS, alors que la manifestation était très « bon enfant » : pas de jet de projectiles, pas de casseurs, pas de bandes mobiles prêtes à en découdre… Là encore, l’usage des gaz pose question.Enfants gazés lors de la manifestation

Les gilets jaunes gazés dans de nombreuses villes de France

L’insurrection populaire des « Gilets Jaunes » qui a débuté le 17 novembre 2018, est née du mépris du Président Macron pour les classes laborieuses toujours plus asphyxiées par la fiscalité et le sentiment de ne pas être écoutées.

Les rassemblements sur Paris comme en régions ont rapidement tourné à l’émeute en partie à cause de l’emploi sans ménagement et systématique des gaz lacrymogènes sur des attroupements qui n’étaient, à l’origine, pas enclins à la violence.

A Marseille, lundi 3 décembre 2018, une femme de 80 ans a succombé à ses blessures à l’hôpital après avoir été touchée au visage par une grenade lacrymogène qui a traversé la fenêtre de son appartement situé au 4e étage, rapporte le journal La Provence.

Les ambulanciers gazés à Paris

Le 3 décembre 2018, les ambulanciers qui manifestaient pacifiquement (comme en témoignent leurs mains levées) ont été gazés puis matraqués.

Enfin, bien d’autres manifestations sporadiques et moins médiatisées comme celles des associations de protection de la nature et des animaux, de riverains contre des projets destructeurs de l’environnement, mais aussi des « indignés » (fin 2011), des « sans logis » (début 2012) sont également gazées sans ménagement pour les plus fragiles.

Malheureusement, outre l’incommodation temporaire, les lacrymogènes sont dangereux pour la santé comme le synthétise le blog Danger-sante.org

La toxicité du gaz lacrymogène

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Grenade lacrymogène PLMP 7B ramassée le 1er décembre 2018 lors de l’insurrection populaire des Gilets Jaunes
© Jérémy Verset – Licence : Tous droits réservés

En France, les forces de l’ordre utilisent des grenades lacrymogène PLMP 7B : longueur 165 mm, diamètre 55 mm, masse 335 g. Celles-ci contiennent du 2-chlorobenzylidène malonitrile « CS[1] », le composé chimique appelé gaz lacrymogène.

La fiche technique de l’INRS indique que les effets sur l’Homme les plus connus sont surtout liés à une exposition aiguë :  » L’effet irritant est le plus net et se manifeste sur l’œil (larmoiement, conjonctivite, parfois photophobie), sur la peau, sur le tractus respiratoire (rhinorrhée, toux, dyspnée et douleur thoracique) : parfois s’y ajoutent des troubles digestifs (nausée, vomissement et diarrhée) et des céphalées. Habituellement, ces signes sont régressifs en quelques heures ; toutefois, des effets plus prolongés sur la peau et l’œil (kératite ponctuée) ne sont pas impossibles. « 

Les effets du gaz lacrymogène à court terme sur la santé

  • Des problèmes respiratoires, une irritation des voies respiratoires.
  • Des nausées, voir des vomissements.
  • Une irritation des voies lacrymales et des yeux
  • Des spasmes
  • Des douleurs thoraciques
  • Des dermatites et des allergies
  • Il faut savoir que les effets sont accentués par temps chaud et humide.

Les dangers des gaz lacrymogènes à long terme pour la santé

  • Une nécrose des tissus dans les voies respiratoires
  • Une nécrose des tissus dans l’appareil digestif
  • Des œdèmes pulmonaires (trou ou bulle d’air dans le ou les poumons)
  • Des hémorragies internes (hémorragies des glandes surrénales)

Le gaz lacrymogène, une toxicité potentiellement mortelle

Plusieurs études démontrent la toxicité importante de ces gaz dans un espace confiné où le décès peut survenir. Ainsi, lorsque une personne reçoit des bombes à gaz lacrymogènes à l’intérieur de son domicile et qu’elle n’arrive pas à sortir à l’extérieur (cas des personnes âgées et des bébés), elle risque de perdre la vie assez rapidement.

C’est typiquement le cas qui aurait pu se produire lors de cette scène d’un autre temps rapportée par le webzine Basta, début janvier 2013, dans le camp de Roms à Saint-Fons : « Sandu est seul dans sa cabane. « J’étais en train de me laver. Un policer est rentré, quand il m’a vu, il a lancé du gaz lacrymogène à hauteur de mon visage et il a refermé la porte. Quand j’ai voulu sortir, je n’ai pas pu. Il bloquait la porte et m’empêchait de sortir. J’ai cru que j’allais mourir. » »

Cette issue qui aurait pu être fatale, aurait été due soit à une atteinte pulmonaire et/ou une asphyxie.

Les effets à long terme de ces gaz lacrymogène sont de 3 types :

  • l’effet mutagène et donc cancérigène des produits.
  • l’effet tératogène : les femmes enceintes risquent donc d’avoir des enfants avec des malformations.
  • l’effet nécrosant : une pneumopathologie chronique peut malheureusement s’installer et devenir irréversible.

Les populations les plus fragiles (bébés, jeunes enfants, personnes âgées) sont très sensibles à ces gaz toxiques, ainsi que les insuffisants rénaux[2]. Ils peuvent développer une syndrome de dysfonctionnement respiratoire réactif. Ce syndrome ainsi que la bronchopneumonie et un oedème pulmonaire peuvent s’installer définitivement. On peut également assister aussi à une fièvre persistante.

Ce n’est pas tout, les gaz lacrymogènes peuvent également développer des douleurs abdominales et à des diarrhées. Le foie peut subir une atteinte nécrosante importante de type stéatose. Un oedème cérébral peut également apparaître.

Et les grenades explosives ?

Plus grave encore : la France est le seul pays en Europe à utiliser des grenades explosives lors des manifestations. On peut facilement les entendre, elles produisent :

  • une déflagration localisée qui peut mutiler ou tuer ;
  • une émission de gaz lacrymogène ;
  • et un bruit très dangereux pour la santé (165 décibels dans un rayon de cinq mètres).

Cette grenade explosive c’est la GLI-F4.

Alors que plusieurs personnes ont été mutilées par ces grenades, les stocks de GLI-F4 ne devraient plus être renouvelés, « il a été décidé de ne plus fabriquer de cette grenade », a expliqué le ministère de l’Intérieur. Mais elle continuera d’être utilisée jusqu’à épuisement des stocks.Démonstration de la puissance d’une grenade GLI-F4

La GLI-F4 devrait être remplacée par la GM2L, une grenade assourdissante et lacrymogène qui n’a pas d’effet de souffle.

La répression policière aveugle : un déni de démocratie

Par conséquent, l’emploi des gaz lacrymogène n’est pas anodin et particulièrement inacceptable lorsqu’il est sciemment projeté contre des personnes fragiles et pacifiques, ce qui est assez fréquent dans les manifestations, alors même que la loi ne l’autorise pas.

L’usage de ces moyens de répression d’un autre temps participe à la fracture de plus en plus profonde entre les forces de l’ordre et les citoyens qui expriment leur mécontentement sur des sujets de société. Alors que nos politiques sont prompts à lancer des appels au calme et à affirmer que la violence ne résout rien, force est de constater qu’ils ne favorisent aucunement le dialogue et pire, le méprisent en faisant usage de gaz toxiques.

A l’heure où la France peine à évoluer vers la démocratie[3], ce recours quasi systématique à des armes chimiques contre la population, y compris les plus fragiles, est tout à fait inacceptable. Un constat qui fait peine à voir dans le pays qui se gargarise d’être le berceau des droits de l’Homme…

L’emploi des lacrymogènes est tellement massif et régulier en France que le régime en place est qualifié de « lacrymocratie ». Rappelons que le mépris du peuple est le meilleur terreau pour qu’il se révolte.

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