Archives mensuelles : novembre 2018

Dictature de la Shoa….

Georges Abdallah, un prisonnier d’exception

Georges Abdallah, un prisonnier d’exception

Georges Ibrahim Abdallah, détenu dans les prisons françaises depuis plus de 32 ans, libérable depuis 1999, a plus que doublé la peine de sûreté de 15 ans assortie à sa condamnation.

Depuis son arrestation le 24 octobre 1984, jusqu’à la décision récente de la Cour de cassation le 4 avril 2013, Georges Ibrahim Abdallah a été, durant toute sa longue incarcération, l’objet d’un régime d’exception :

➞ deux mois après sa première condamnation (à quatre ans de prison en juillet 1986 avec une interdiction du territoire français de cinq ans) par le tribunal correctionnel de Lyon, des juridictions d’exception se mettent en place qui suivront les dossiers de bout en bout : la 14e section du parquet dite ’antiterroriste’ mène l’instruction, les cours d’assises spéciales de Paris condamnent et un juge d’application des peines spécialisé contrôle les aménagements de peine des condamnés.

Ainsi donc Georges Abdallah inaugura la nouvelle Cour d’assises, composée uniquement de magistrats, qui le condamna à la réclusion à perpétuité en février 1987.

➞ à cette époque l’avocat de Georges Abdallah était Jean-Paul Mazurier, un agent des services secrets français, découvert et dénoncé après le procès.

Et la régularité du procès n’a pas été remise en cause…

➞ En 2003, alors que la juridiction de Pau avait accordé la libération conditionnelle à Georges Abdallah, la juridiction nationale de libération conditionnelle la refuse en janvier 2004 suite à l’intervention directe du ministre de la Justice, Dominique Perben. Dès lors les décisions ne dépendront plus de la juridiction régionale mais de la seule compétence du juge de l’application des peines du TGI de Paris…

➞ la loi relative à la rétention de sûreté, appelée loi Dati, votée en février 2008, rend obligatoire l’avis d’une commission pluridisciplinaire des mesures de sûreté (CPMS) dans le cadre d’une libération conditionnelle concernant les détenus condamnés à perpétuité. Ceux-ci doivent passer six semaines au Centre national d’observation (actuellement nommé Centre national d’évaluation) de Fresnes, afin d’expertiser leur dangerosité.

Créée pour mesurer la potentialité de récidive chez les condamnés pour crimes sexuels, ce sont des prisonniers politiques, Georges Abdallah et les militants d’Action directe, qui ont inauguré cette nouvelle loi…

➞ Georges Abdallah ayant déposé sa septième demande de libération conditionnelle en février 2007, la loi Dati lui fut appliquée rétroactivement. Bien que la rétroactivité de la loi ait été censurée par le Conseil constitutionnel, une circulaire précise les dispositions immédiatement applicables, dont une concerne les condamnés à la réclusion à perpétuité.

Sont notamment concernés plusieurs prisonniers politiques, dont bien sûr Georges Abdallah.

➞ Cette demande de libération conditionnelle déposée en février 2007, qui a subi un déroulement rocambolesque de cinq reports et d’un passage au CNO de Fresnes, a finalement été refusée au bout de 2 ans et trois mois, la CPMS ayant mis, elle, 25 semaines pour émettre un avis (obligatoire)…

Ce délai anormalement long illustre parfaitement le traitement judiciaire spécifique que subit Georges Abdallah.

➞ En décembre de la même année, Georges Abdallah comparaît au tribunal, pour refus d’un prélèvement d’ADN (que la DST, la CIA et le Mossad ont déjà).

Condamnation à trois mois de prison… Relaxe en appel, confirmation en cassation.

➞ La dernière demande de libération conditionnelle de Georges Abdallah a été déposée en janvier 2012. Suite à l’avis favorable donné en novembre 2012 par le tribunal d’application des peines, tout a été entrepris par le Parquet (représentant de l’État et sous la responsabilité de la Garde des sceaux) pour bloquer la libération de Georges Abdallah : refus du ministre de l’Intérieur de signer l’arrêté d’expulsion nécessaire, reports et appels multiples, pourvoi en cassation. Au bout de 15 mois, la demande de libération est jugée irrecevable…

✭Tout au long de ces 29 années, les services secrets français, américains et israéliens, ainsi que leurs gouvernements respectifs n’ont cessé d’œuvrer avec acharnement pour maintenir Georges Abdallah en prison.

« Tout au long de sa détention, le prisonnier politique fait l’objet d’un traitement d’exception, visant a priori la criminalisation de tout ce qui a trait à la lutte. Des lois scélérates au service de la répression et de la contre-révolution préventive poussent sans cesse comme des champignons en fonction de l’évolution de la crise et de l’activité de l’antagoniste révolutionnaire ; tout naturellement rien ne s’oppose à l’application rétroactive de ces lois, particulièrement quand il s’agit des prisonniers politiques qui refusent de se soumettre. » – Georges Abdallah 2012 –

✭ Ce prisonnier d’exception a été nommé Citoyen d’Honneur de trois villes :

Calonne-Ricouard (Pas de Calais) en février 2012

Grenay (Pas de Calais) en juin 2012

Bagnolet (Seine Saint-Denis) en décembre 2013

✭✭ il a reçu le prix Frantz Fanon en février 2014

✭✭✭ Il est Président d’Honneur de Rouge Midi et du Front Uni des Immigrations et des Quartiers Populaires (FUIQP) en avril/mai 2015

Poutine reçoit le président cubain pour sa première visite en Russie

Le président cubain Miguel Diaz-Canel lors d’une cérémonie de dépôt de gerbe à Moscou le 2 novembre 2018

Vladimir Poutine devait recevoir vendredi au Kremlin le président cubain Miguel Diaz-Canel, qui effectue sa première visite à son allié russe depuis son arrivée au pouvoir en avril, au moment où Washington menace La Havane de nouvelles sanctions.

« Les relations entre la Russie et Cuba sont traditionnellement très chaleureuses », a déclaré à la presse vendredi le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov.

La Russie « va faire tout son possible » pour « renforcer » les relations russo-cubaines, avait-il déjà assuré jeudi.

L’Union soviétique a longtemps fait figure de soutien indéfectible militaire et économique de Cuba face aux Etats-Unis, avant que sa chute ne provoque une fracture que Moscou et La Havane tentent aujourd’hui de combler avec un rapprochement de plus en plus marqué récemment.

Lorsque Miguel Diaz-Canel a succédé à Raul Castro en avril, Vladimir Poutine s’était dit « prêt à travailler ensemble de manière étroite pour renforcer davantage le partenariat stratégique et une coopération constructive dans tous les domaines ».

Accompagné de son chef de la diplomatie Bruno Rodriguez, Miguel Diaz-Canel est arrivé à Moscou jeudi soir pour une visite de trois jours, alors que Washington a indiqué cette semaine vouloir durcir les sanctions contre La Havane, accusé de faire partie avec le Venezuela et le Nicaragua d’une « troïka de la tyrannie ».

Il s’est déjà entretenu vendredi matin avec le président de la Douma (chambre basse du Parlement russe) Viatcheslav Volodine. « La politique de Cuba à l’égard de la Russie reste inchangée », a assuré M. Diaz-Canel, lors de cette rencontre, selon ses propos cités par l’agence officielle russe TASS.

Il était attendu au Kremlin dans l’après-midi pour des pourparlers visant à renforcer les échanges commerciaux entre Moscou et La Havane et les liens économiques, selon M. Peskov.

La coopération militaire sera également au menu de discussions, a-t-il précisé, sans plus de détails, en expliquant qu’il s’agissait d’un sujet « très sensible ».

Selon le journal russe Kommersant, la Russie pourrait octroyer à Cuba un prêt de plus de 50 millions de dollars pour l’achat d’armements.

Selon les agences de presse russes, plusieurs contrats parmi lesquels celui sur la modernisation des chemins de fer cubains devraient être signés dans le cadre de la visite de Miguel Diaz-Canel en Russie.

En mai 2016, M. Diaz-Canel, alors premier vice-président cubain, s’était déjà entretenu avec M. Poutine au Kremlin.

L’ancien président cubain Raul Castro s’est rendu en Russie en 2015, alors que Vladimir Poutine s’est rendu à Cuba en 2014 pour rencontrer Raul et Fidel Castro.

Les bureaux de vote viennent de fermer en NouvelleCalédonie, qui se dirige peut-être vers son indépendance aujourd’hui. L’archipel va-t-il concrétiser le processus de décolonisation ?

La vie en Nouvelle-Calédonie.                                                   Il existe peu de documents sur les Algériens envoyés en Nouvelle-Calédonie, hormis les documents militaires et de l’administration pénitentiaire, et les témoignages des anciens communards déportés avec eux. Alors que les communards ont pu bénéficier d’une amnistie en 1880, les Algériens du Pacifique restent exilés à des milliers de kilomètres de leur terre malgré les campagnes de sensibilisation de l’opinion française auxquelles participent les communards de retour à Paris. Cette amnistie intervient le 1er février 1895, toutefois ils demeurent assignés à résidence. Ils ne sont autorisés à rentrer en Algérie qu’en 1904.

Deux types de peines différentes ont été appliquées aux Algériens, le séjour en enceinte fortifiée dans la presqu’île Ducos à Nouméa et la déportation simple à l’île des Pins (dans la 5e commune appelée « camp des arabes »), mesure touchant la plupart d’entre eux. Le Camp Brun a abrité les récidivistes ou « transportés » jugés dangereux. Y furent condamnés les insurgés de 1882 membres de la confrérie Rahmania (insurrection dite des Ouled Sidi Cheikh)15.

Les Algériens participèrent à la colonisation et au défrichement des nouvelles terres ou au travail dans les mines de cobalt et d’étain, la construction des routes, et aussi dans l’agriculture et l’horticulture. Ils logent dans des baraquements et disposent d’une salle commune destinée aux prières. Les contacts entre Français et Algériens étaient interdits, de même qu’il fut interdit à ces derniers de donner des prénoms musulmans à leurs enfants.

Les déportés Algériens sont à l’origine de l’introduction du palmier dattier en Nouvelle-Calédonie, certains avaient emporté avec eux des noyaux qu’ils ont semés à leur arrivée8.

Centre culturel des Arabes de Nessadiou, à Bourail

Une fois libérés, les plus « méritants » des déportés et transportés se voient octroyer des concessions de terres de 4 à 5 hectares qu’ils pouvaient cultiver. Ils se regroupent dans les vallées fertiles de Boghen et de Nessadiou appelée aussi « vallée des arabes ». En 1895, on comptait à Bourail 41 cultivateurs algériens. Le premier Algérien à y bénéficier d’une concession fut Isa Khamenza. Miloud Ben Abdellah, originaire d’Aïn Tedeles et libéré le 9 juin 1877, bénéficia d’une concession à Nessadiou et fut le premier de tous les concessionnaires à avoir entrepris la culture du café.

En 1878, Ataï dirige une importante insurrection des Canaques qui luttent contre la spoliation de leurs terres. Avec une quarantaine d’Algériens commandés par Boumezrag El Mokrani16, ils participèrent à la répression. Deux cents Canaques sont tués. Caledoun est la transcription de la façon dont les anciens Arabes prononçaient Calédonie avec leur accent.

L’amnistie, les grâces et les évasions

Les lois d’amnistie du 3 mars 1879 (loi d’amnistie partielle) et du 11 juillet 1880, devaient concerner tous les déportés, dans les faits, elles ne furent appliquées qu’aux communards mais pas aux Algériens. Pourtant la loi de 1879 stipule : « L’amnistie est accordée à tous les condamnés pour faits relatifs aux insurrections de 1871 et à tous les condamnés pour crimes et délits relatifs à des faits politiques».

Après leur libération, des communards dont Louise MichelHenri Rochefort et Jean Allemane ont milité pour l’application des lois d’amnistie et la dénonciation des conditions de détention des déportés algériens. Ce n’est qu’en 1887 que l’amnistie est enfin reconnue et la résidence obligatoire levée17. Toutefois Boumezrag El Mokrani, gracié « sur place » dès 187818, n’en bénéficie qu’en 190317,19.

Quelques Algériens seront graciés à titre individuel pour services rendus, comme ce fut le cas pour certains de ceux qui participèrent à la répression de la révolte des Canaques. Mais la décision du retour en Algérie dépendait de l’avis émis par le gouverneur d’Algérie.

Parmi les graciés à la suite de la révolte des Canaques, 18 s’évaderont. Certains furent capturés en Algérie puis renvoyés en Nouvelle-Calédonie dont Si Raham Ben Mohamed Ou El Hadj, Ali Ou Saïd et Amar Ben El Ouenoughi. Quant à Mohamed Ben Belkassem évadé lui aussi, il sera relaxé le 8 juillet 1888.

L’évasion la plus célèbre est celle de Aziz Ben cheikh Al Haddad en 188120. Il parvient à s’enfuir de l’île des Pins, de rejoindre à bord de petites embarcations la Nouvelle-Zélande, puis Sydney en Australie, et enfin le Hedjaz en Arabie saoudite.

Les descendants de déportés et de transportés

On estime à quelque 15 000 les descendants des déportés et des transportés qui continuent à vivre en Nouvelle-Calédonie21. Parmi ceux-ci figurent les descendants de ces Algériens exilés à la « Nouvelle ». Ils utilisent le terme de « Vieux-Arabes » en parlant de leurs ancêtres. Près de 10 000 familles ont retrouvé leurs racines[C’est-à-dire ?][réf. nécessaire]. Beaucoup des descendants d’Arabo-berbères peinent à remonter jusqu’à leurs origines en raison de la pratique de l’administration coloniale consistant à altérer les noms des déportés et des transportés. Souvent, ceux-ci ne savaient ni lire ni écrire. Les noms et prénoms étaient donc inversés, c’était une orthographe aléatoire. Il existe trois associations regroupant des descendants de déportés : l’Association des Arabes et des amis des Arabes de Nouvelle-Calédonie créée en 1969, l’Association des Descendants d’Algériens et des Maghrébins de Nouvelle-Calédonie (ADAM.NC)22, l’Association des musulmans de Nouvelle-Calédonie créée en 1975 regroupe des descendants d’Arabo-berbères ainsi que des Indonésiens de Nouvelle-Calédonie venus sur l’île dans le cadre du travail engagé.

Le descendant le plus connu de cette diaspora est Jean-Pierre Aïfa prénommé aussi Taïeb, né le 23, surnommé « le calife ». Il est un descendant de déportés originaires d’El Eulma. Il a été maire de Bourail de 1977 à 2001 puis de 2008 à 2014 ; il a également été président de l’Assemblée territoriale de Nouvelle-Calédonie à plusieurs reprises. Il a aussi été président de l’Association des Arabes et amis des Arabes de Nouvelle-Calédonie. Il faut aussi citer Christophe Sand, chercheur spécialiste de l’archéologie calédonienne, et Mélica Ouennoughi, docteur en anthropologie historique. Témoignage de la présence algérienne en Nouvelle-Calédonie, le cimetière des Arabes de Nessadiou dans la commune de Nessadiou longtemps surnommée la « petite Afrique », au sud de Bourail.

Hommages

La chanson El Menfi (le banni) devenue célèbre et reprise en Algérie par entre autres Akli YahyatenRachid Taha (en solo dans son album Diwân) ainsi qu’en trio avec Cheb Khaled et Faudel (dans l’album 1,2,3 Soleil) a été composée par l’un d’eux, elle était chantée, accompagnée d’une flûte (Gasba) fabriquée avec du bois de sagaie24.

Début 1986, le ministère des Affaires Religieuses d’Algérie, invite une douzaine de descendants algériens en Algérie. En 2005, c’est le ministère des Moudjahidines (anciens combattants de la guerre de libération) qui organise une autre visite. D’autres suivront,

En Nouvelle-Calédonie, chez les Algériens du Pacifique

Ils sont la cinquième génération d’Algériens de Nouvelle-Calédonie. Plus de 160 ans ont passé depuis l’exil forcé de leurs aïeux, déportés par l’empire français dans ce bagne des antipodes. Devenus Calédoniens, les « Arabes » du village de Bourail gardent pourtant aussi vivace que possible le souvenir de leurs origines. Reportage dans le Far-West océanien.

 

 

Au centre de l’île de la Grande Terre, le petit village de Bourail est un monde à part. A première vue, tous les codes de ce territoire de l’océan Pacifique s’y retrouvent : la brousse recouvre les vallées, le bétail, majestueux, pâture en liberté, les stockmen à cheval dirigent le troupeau chapeau de cowboy vissé sur la tête. Les descendants d’Algériens – les « Arabes » comme tout le monde les appelle ici – se fondent parfaitement dans ce décor de Far-West mélanésien.

Pourtant, un  accent, un regard, un visage croisé dans les rues ou une course hippique ramènent à Alger ou à Constantine. Sans compter les patronymes d’une bonne partie de la population : Nasser, Goassem, Boufenèche, Miloud… A travers le temps, malgré les périls, le souvenir de cette ascendance nord-africaine a survécu.

Petite histoire de l’arrivée des Algériens en Nouvelle-Calédonie

Après la prise de possession en 1853, l’archipel de Nouvelle-Calédonie devient une colonie française que l’administration décide dans un premier temps d’employer comme un bagne. Les Kanak, le peuple autochtone, voient donc arriver faux-monnayeurs, opposants politiques et autres condamnés. Parmi eux se trouvent des centaines d’Algériens, l’Algérie ayant été officiellement annexée en 1848.

Leurs rangs vont grossir – notamment en 1871 après la révolte des Mokrani contre le colon français – jusqu’à atteindre environ 2000 personnes.

En 1887, une première amnistie est accordée aux bagnards algériens. Beaucoup décident de rentrer chez eux, tandis que d’autres sont placés sur une concession et s’installent durablement sur la côté Ouest de la Nouvelle-Calédonie.

En Calédonie, il y a avant tout les Kanak et les Caldoches : le peuple autochtone et les descendants des premiers colons français. Alors quelle place pour la minorité algérienne ? À l’écart d’un champ de course, Abdelkader Boufenèche apporte sa réponse : le cheval ! « Longtemps le cheval a été le meilleur ami de l’Arabe », édicte le vieil homme qui guide le visiteur curieux dans sa communauté si singulière.

Le cheval, un lien avec la culture algérienne

Steve Goassem, éleveur bien connu du milieu équestre, ne le dément pas. « Le cheval fait partie de la famille et de la culture chez nous les Arabes. Même quand mon grand-père est parti s’installer à Nouméa sur une petite propriété, mon père a eu et conservé un cheval ». Steve Goassem ne parle pas arabe. Il ne pratique plus la religion de ses ancêtres. Le fil qui le relie à la culture algérienne dont il se prévaut volontiers, c’est le cheval.

Comme beaucoup de descendants d’Algériens, Jean-Pierre Taïeb Aifa a hérité de terres allouées en concessions à leurs ancêtres après une amnistie en 1887.  Maire de Bourail pendant 30 ans, il tient à souligner la spécificité de sa communauté : « Nous ne sommes pas assis sur un système lié à une langue, comme on peut le voir chez les Wallisiens, les Tahitiens, ou même les Vietnamiens. Ils restent en communauté : ils ont pu faire venir leurs femmes. Mais pour nous, seuls les hommes ont été envoyés au bagne et nos grands pères ont du prendre femme parmi les Européennes du bagne ou les Kanak ».

Perte de la langue maternelle

Cette patri-linéarité a conduit à la perte progressive de la langue maternelle et des traditions culinaires.  Pour certains, seule la religion a permis de compenser cette filiation perdue. « Ceux de la génération précédente ne connaissaient même pas le goût du couscous avant la fin de leur vie« , confirme Angelo Miloud, en coupant les carottes pour le couscous à la mosquée de Nessadiou, lieu dit « Vallée des Arabes » à l’entrée de Bourail. « En plus, les ingrédients ne sont pas les plus faciles à se procurer ici« .

Avant qu’il ait été question d’un retour en terre d’Algérie – grâce à une association fondée par la communauté – beaucoup ont d’abord voulu se rendre au Hadj pour un premier pèlerinage. Le muezzin de la mosquée s’entend jusqu’au cimetière musulman. à côté duquel se pratique encore la sadaqa, une tradition caritative islamique.

Lorsque je suis allé en Algérie, en 2011, les gens me disaient que nous étions plus algériens qu’eux, car nous pratiquons encore la sadaqa, une tradition qui se perd là-bas. Finalement, c’est grâce à l’exil que nous avons pu la préserver.

Angelo Miloud.

Deux fois père, époux d’une femme d’origine fidjienne, le jeune homme appartient à la cinquième génération de descendants. C’est cette génération, fruit d’un passé de colons et de colonisés, perdu et retrouvé, qui devra se prononcer le 4 novembre 2018 pour ou contre l’accès de la Nouvelle-Calédonie à la pleine souveraineté et à l’indépendance. L’arrière-arrière grand-père de ce jeune homme au fort accent kanak était de Blida. Il a épousé une Mélanésienne de la tribu de Ouaoué toute proche, et reçu une concession ici.

Organisation en tribus

Angelo se sent proche des Kanak, par le sang, mais aussi parce qu’ils sont organisés en tribus, comme ses ancêtres kabyles, et qu’ils ont une coutume, un respect de la tradition. Il ne veut pas aller voter : « Ce serait impensable de voter contre, mais je ne veux pas voter pour non plus, car je pense que ce n’est pas encore possible au niveau de l’économie ». Vêtue du traditionnel hijab, Daniella Ali Ben Ahmed, descendante la quatrième génération, le rejoint sur ce dernier argument. « Je suis toujours allée voter, et je préfèrerais rester française, avance-t-elle prudemment. Est-ce qu’il y aura encore les retraites ? Les aides ? On ne sait pas ce qui se passera avec l’indépendance ». Sans l’ombre d’un doute, les Algériens de Nouvelle-Calédonie passent et passeront encore jusqu’en novembre, par les mêmes questionnements que toutes les autres communautés de la mosaïque culturelle

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