Ignorer le risque d’une agression étrangère serait une erreur (Suite II)

 Ignorer le risque d’une agression étrangère serait une erreur (Suite II)

MAK Paris

Le MAK, un mouvement actionné à partir de Paris. D. R.

Par K- N Dans l’hypothèse d’une seconde guerre de résistance anti-néocoloniale, les adversaires de l’Algérie se présentent sous diverses formes.

Les groupes terroristes se réclamant de l’islam ont été, demeurent et continueront à être au service de l’Arabie Saoudite et du Qatar, lesquels sont les marionnettes des oligarchies états-unienne, française, anglaise et israélienne. N’oublions pas, non plus, la Turquie dont le jeu est plus trouble. Faut-il encore une preuve, la plus éclatante, la plus convaincante, la plus concrète du fait que les groupes terroristes prétendument musulmans sont financés, organisés, soutenus et manipulés ? La voici : dans l’enclave d’Idlib, en Syrie, l’armée gouvernementale, aidée par des militaires russes, s’est vue contrainte de renoncer (pour le moment) à chasser de son territoire les divers groupes terroristes parce que les oligarchies états-unienne, française et anglaise ont menacé d’agresser militairement la Syrie, en cas d’attaque, en justifiant leur agression par une prétendue attaque chimique de la part de l’armée syrienne. Et parce que la Turquie s’occupe actuellement d’évacuer les groupes terroristes sous son obédience – mais pour les envoyer où ?

Quant au MAK(5), il jouera le rôle, d’une certaine manière, du MNA de Messali Hadj. A moins que le MAK éclaire sa position sans ambiguïtés. A ce sujet, aux dirigeants de ce mouvement, j’ai adressé une lettre ouverte publique afin qu’ils déclarent leur position, notamment concernant leurs relations avec l’oligarchie colonialiste israélienne. A ma connaissance, aucune réponse ne fut publiée ; ce qui contraint à croire que ses intentions réelles ne sont pas bénéfiques ni aux citoyens de Kabylie qu’ils prétendent représenter ni au peuple algérien dans son ensemble(6). En outre, le projet du chef de ce mouvement, Ferhat Mehenni, de lancer «les corps de contrainte kabyle» fut rejeté par la majorité des associations activant en Kabylie, comme tentative dangereuse de division du peuple algérien et de guerre civile ethnique, sous prétexte de défense des citoyens de cette région du pays contre la dictature.

Rien ne peut justifier de faire alliance avec les colonialistes israéliens. Comment cela serait-il concevable quand cette oligarchie israélienne commet, depuis plus de 70 ans, des crimes contre le peuple palestinien, soutient les terroristes en Syrie, a agressé le Sud-Liban en 2006 (avec la complicité de milices chrétiennes, qui rappellent étrangement l’idéologie ethniciste du MAK), a soutenu le régime de l’apartheid en Afrique du Sud, a participé à l’enlèvement du leader marocain Mehdi Ben Barka, a tenté de convaincre le général De Gaulle de constituer une enclave européenne en Algérie (semblable à celle d’Israël au Moyen-Orient), cette oligarchie israélienne que même des représentants israéliens objectifs accusent de colonialisme, de racisme et d’obscurantisme religieux(7) ? Comment est-il donc possible d’établir des relations avec cette oligarchie colonialiste israélienne si l’on désire réellement le bonheur des citoyens de Kabylie ? Je dis «de Kabylie» car Ferhat Mehenni se reconnaît uniquement comme Kabyle en excluant l’algérianité(8).

Le troisième adversaire interne est ce que j’ai défini comme «harkis version néocoloniale». L’exposé se trouve dans une série de contributions précédentes sur l’idéologie harkie, publiées dans Algeriepatriotique(9). Il m’a semblé utile d’attirer l’attention sur ces harkis, non seulement du passé colonial, mais du présent néocolonial dans les domaines militaire, économique et culturel, notamment le roman et le film. L’examen consistait à comprendre dans quelle mesure ces harkis de tout genre sont des «pions» dans une perspective d’agression et d’occupation néocoloniale prochaine contre l’Algérie.

Bien entendu, ces harkis recourent à l’habituel procédé : l’Etat algérien est dictatorial, totalitaire et cléricalement féodal ; donc, il faut la démocratie et la laïcité. Soit ! Mais ces harkis laissent croire (quand ils ne l’affirment pas ouvertement) que pour établir cette démocratie et cette laïcité, il faut avoir le concours de… l’«Occident». Or, nous avons largement constaté, d’une part, qui est l’«Occident » : les oligarchies états-unienne impérialiste, néocoloniales françaises et anglaises et colonialiste israélienne. D’autre part, nous constatons leur méthode d’établir la démocratie et la laïcité dans les pays tiers : l’agression militaire, le massacre de population civile, l’occupation du territoire, l’établissement de bases militaires et l’exploitation des ressources naturelles du pays envahi. En outre, nous remarquons que d’autres pays, où les peuples souffrent de dictature et de cléricalisme féodal, par contre, non seulement ne sont pas critiqués par les moyens de désinformation occidentaux, mais sont soutenus militairement par les oligarchies néocoloniales : Arabie Saoudite, Qatar, Emirats arabes unis, Maroc, etc.

Dès lors, comment ne pas voir la méthode des harkis ? Dénoncer la dictature et le cléricalisme de l’Etat algérien et invoquer les nobles revendications de démocratie et de laïcité, mais uniquement comme prétextes pour légitimer une néo-colonisation de l’Algérie.

Le MAK est dans la même logique : lui évoque l’ethnie kabyle et recourt à l’oligarchie israélienne, à moins de prouver concrètement et publiquement que ce n’est pas le cas.

Alors, face à l’éventualité d’une guerre d’agression contre l’Algérie, que faire ?

Importance fondamentale du peuple

Le principal atout demeure le peuple organisé de manière à affronter une telle éventualité, sous forme de guerre populaire prolongée, en complémentarité avec l’armée professionnelle. Compter sur le peuple signifie le conscientiser, l’organiser. Afin d’y parvenir, il faut que les dirigeants étatiques créent avec lui des relations bénéfiques, de manière que le peuple reconnaisse ses dirigeants comme représentant réellement ses intérêts.

Cependant, les dirigeants de l’Etat algérien, quel qu’ils soient, actuels ou futurs, accepteraient-il cette option ? Tout est là : le problème, la solution, le futur.

Certains affirment que, malgré tous les problèmes endurés par la faute de la gestion étatique, le peuple algérien, en cas d’agression étrangère, s’unira aux dirigeants de son Etat et à son armée professionnelle (comme il l’a fait durant la décennie noire), parce que ce peuple, malgré tout, demeure patriote.

Auparavant, j’ai publié une contribution concernant la distinction entre nationalisme chauvin et patriotisme anti-néocolonial(10). A ce sujet, répondons à quelques commentaires de lecteurs, parus dans la contribution précédente. Ils affirment la nature raciste, anti-algérienne et complice du peuple français avec son oligarchie. Ce fait est indéniable, jusqu’à une certaine mesure. Toutefois, cette constatation ne doit pas porter jusqu’à criminaliser ce peuple. En effet, tout peuple est soumis à un conditionnement idéologique total, systématique et sournois de la part de la caste qui le domine. Ce conditionnement a comme but de fabriquer du consentement, lequel se croit le produit de la liberté individuelle, quand il n’est que le résultat d’un lavage très subtil du cerveau. Au point que ce peuple choisit, pour le représenter au pouvoir, des personnes très particulières. Elles s’activent objectivement pour le dominer et assurer son exploitation par l’oligarchie financière-industrielle, laquelle a permis, par le financement plus ou moins occulte et l’appui des médias dont elle est propriétaire, l’élection «démocratique» de ses mandataires politiques.

Par conséquent, au peuple aliéné de France, le peuple algérien, qui lui aussi subit une domination idéologique aliénante, doit veiller sur deux aspects. D’une part, comprendre ce mécanisme de conditionnement des peuples servant à leur insu les castes dominantes respectives. D’autre part, créer les conditions d’une coopération libre et solidaire entre les peuples, dans leurs propres intérêts respectifs.

Il en est de même en Algérie : comprendre les aliénations réciproques et coopérer de manière libre et solidaire. D’une part, entre les composantes arabophone et amazighopone. D’autre part, entre les composantes laïque et religieuse. La première ne doit pas démoniser la religion en tant que telle, mais respecter les croyances d’autrui ; la seconde ne doit pas démoniser les non-croyants et doit pratiquer sa foi de manière pacifique et respectueuse des choix spirituels différents. Une grave erreur consiste à recourir à l’amalgame ethnique («Arabes»/«Kabyles» ou «Amazighs»), ou culturel («laïcs»/ «musulmans»). Cet amalgame sert uniquement les castes dominatrices de toutes sortes et jamais le peuple. Le critère fondamental qui oppose tant les membres d’une même nation que les membres de nations diverses est celui-ci : dominateurs-exploiteurs/dominés-exploités. Les autres aspects et formes d’injustice n’en sont que les conséquences. Supprimez la domination-exploitation et les autres discriminations disparaîtront. Les rares expériences où cette élimination se réalisa en sont la preuve.

Résumons.

D’une part, nier une menace étrangère néocoloniale pour ne considérer que les actes négatifs commis par les dirigeants de l’Etat (algérien, en l’occurrence) est une grave erreur. Elle tombe dans le jeu de l’oligarchie étrangère qui veut masquer son projet d’agression, en braquant l’attention uniquement sur «l’Etat dictateur». Lequel ne l’est, notons-le, aux yeux de cette oligarchie néocoloniale que lorsqu’il s’oppose à ses intérêts.

D’autre part, nier l’aspect anti-démocratique de l’Etat algérien, par nationalisme, est également une grave erreur. Car un Etat qui n’a pas le consensus réel de son peuple est un Etat faible et illégitime, même s’il dispose d’une armée outillée et à sa disposition.

Ceci étant dit, la menace d’une agression néocoloniale a un aspect positif : elle contraint les dirigeants de l’Etat (en l’occurrence algérien), s’ils ne commettent pas l’erreur de Saddam Hussein et de Mouammar Kadhafi, à ne pas compter uniquement sur l’armée (et sur un éventuel soutien militaire russe), mais à considérer également et tout autant le soutien du peuple.

K. N.

(Suite et fin)

(5) Ici, je fournis une réponse non pas aux quelques commentateurs qui ont défendu ce parti, sans donner de preuves concrètes, mais à un lecteur qui a posé honnêtement la question sur la nature du MAK.

(6) Notons, en passant, ce commentaire, inséré dans la précédente contribution, d’un lecteur se présentant comme «anonyme» : «Bravo au MAK pour son voyage en Israël, si j’avais les moyens, j’irai à la Knesset faire un discours d’amitié et solidarité.»

(7)Voir le témoignage de Gidéon Levy, journaliste israélien, ici https://reseauinternational.net/ce-que-jai-appris-au-cours-dune-journee-passee-avec-gideon-levy-le-journaliste-le-plus-controverse-disrael/.

(8) Ferhat Mehenni a déclaré : «Moi, en tant que Kabyle, j’en ai fini avec mon Algérien. Je suis Kabyle et rien ni personne d’autre». Il semble, néanmoins, qu’il se conçoit comme un Kabyle dominateur sur les citoyens de Kabylie car, dans la même réponse, il affirme : «Pas d’indépendance sans autorité», bien entendu, la sienne. La preuve ? Il cite Hobbes et Rousseau, les théoriciens de l’Etat autoritaire, dont Robespierre et tous les autres dictateurs furent les admirateurs et incarnations, avec les fleuves de sang qu’ils ont fait couler, contre les personnes qui contestaient leur dictature. Ces personnes n’étaient pas, notons-le, des «contre-révolutionnaires» ou «antipatriotes», mais tout le contraire : la majorité des victimes étaient des citoyens et citoyennes qui voulaient que le pouvoir soit réellement géré par le peuple, et non par une caste privilégiée, dirigée par un auto-proclamé «chef infaillible» et donc non critiquable. Dans la même réponse, Mehenni s’auto-définit ainsi : «Le troubadour flamboyant qui a servi, plus que tout autre, la cause de la liberté, est aujourd’hui le président de l’Anavad». Notons l’expression «plus que tout autre» ? N’est-ce pas là un Messali Hadj «zaïm» nouvelle version ?

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