Quatre cinquièmes des gens normaux sont des psychopathes

«L’éducateur à la tournure d’esprit fonctionnelle voit dans l’enfant l’être vivant et modèle l’environnement de l’enfant en fonction de ses besoins vitaux. L’éducateur mécaniste et mystique voit dans l’enfant une machine mécanique et chimique, le sujet de quelque Etat ou l’objet de quelque religion. Il enserre l’enfant dans un monde qui lui est étranger et appelle ce processus « adaptation » s’il est libéral, « discipline » s’il est autoritaire.» (Wilhelm Reich)

Récemment, des scientifiques français ont réitéré la fameuse expérience de Stanley Milgram(1) élaborée en 1960 consistant, avec la caution d’une autorité scientifique, à inviter des gens normaux à «infliger à un inconnu des décharges électriques de plus en plus élevées». En effet, dans le cadre de ses recherches sur les mécanismes de la soumission à l’autorité, Stanley Milgram a mis en œuvre cette expérimentation. Contre toute attente, l’expérience a démontré des résultats surprenants. Alors que S. Milgram s’attendait à obtenir de la désobéissance, les résultats ont été totalement contre-intuitifs : 65% des sujets de l’expérience ont été jusqu’au bout, en administrant un choc de 450 volts à l’élève.

Ainsi, des sujets ordinaires peuvent donc se comporter en bourreau dès lors qu’ils sont soumis à une autorité.

Cette propension extrême des adultes à la soumission inconditionnelle aux ordres de l’autorité a constitué la découverte majeure de l’étude. Il ressort de cette expérience que l’explication du comportement fortement porté à la soumission se niche dans la relation à l’autorité et non pas dans la prégnance d’instincts agressifs car, en l’absence de toute autorité matérialisée en l’espèce par la présence de la «blouse», les sujets s’abstiennent d’administrer les chocs électriques. On ne peut que s’alarmer de cette étude expérimentale. Voici des individus animés d’aucune haine, d’aucun esprit vindicatif, disposés néanmoins à se muer en bourreau dès qu’ils consentent à devenir rouage d’une structure hiérarchique de la société.

Dans la dernière expérience menée en France, les résultats sont encore extraordinairement étonnants, inquiétants, car «le pourcentage d’obéissants augmente encore : sont prêts à torturer à mort un innocent, non plus les deux tiers, mais les quatre cinquièmes de nos semblables», précise l’étude. Cette expérience scientifique a été menée pour mesurer le degré de déficience mentale notoire qu’on appelle «obéissance». Cette expérience consistait à évaluer l’empathie de l’être humain, le degré du respect de l’altérité, en un mot l’humanité de l’homme.

La normalité humaine s’évalue dans la reconnaissance d’autrui comme des êtres semblables à nous, qu’on doit respecter, aimer et surtout éviter de violenter, agresser. Faire preuve d’un comportement contraire est l’illustration d’un caractère pathologique, la manifestation d’une personnalité psychopathique.

Etant entendu que ce genre d’attitude pathologique ne relève pas de l’hérédité (il n’y a pas de « race » méchante), force est de constater qu’il s’agit là d’un phénomène de dégénérescence acquise. Ce phénomène étant massivement répandu, la conclusion nous oblige à déduire que nous avons affaire là à un fléau social. Exiger l’obéissance d’autrui, c’est dénier son humanité. L’humain adopte un tel comportement avec l’animal, la machine. Envers son semblable, dans ses relations, l’être humain use du respect. L’homme étant doté de la parole, avec son prochain, il doit employer cet outil précieux de communication pour communiquer avec civilité. Agir autrement, c’est rabaisser autrui à l’état animal. C’est lui dénier son humanité. Tout échange entre êtres humains, dans le cadre de la vie quotidienne ou professionnelle, doit s’établir dans le respect mutuel. Tout échange, quoique établi dans le cadre professionnel par une «autorité supérieure», doit s’effectuer dans le respect à l’égard de l’agent «subalterne». Car la subordination professionnelle ne traduit pas une infériorité humaine, mais seulement le positionnement de l’agent dans le classement de l’ordre hiérarchique de l’organigramme. Cela n’accorde nullement au détenteur de cette fonction supérieure le droit de manquer de respect à ses collègues placés à l’échelon inférieur.

Pareillement, dans le cadre de l’éducation nationale, le professeur doit scrupuleusement respecter l’élève. La transmission du savoir doit s’effectuer dans le respect mutuel. Le professeur est un modèle identificatoire pour l’élève. C’est au professeur de donner l’exemple en matière de civilité et d’éducation. L’emploi de la trique est un aveu de faiblesse, un signe de maladie mentale.

Seuls les ignorants ou les psychopathes (car ils projettent sur les autres leurs propres ressentis) sont persuadés de la nature malfaisante de l’homme. Pour ces individus dénués d’humanité, le «mal» est intrinsèque à l’homme. Ils voient le mal partout, car il est surtout ancré en eux. Et pour combattre le mal, ils proposent de le guérir par la contrainte, la violence, la soumission, l’obéissance. Ce remède est pire que la prétendue maladie.

On l’oublie souvent : la contrainte est la mère de la méchanceté et l’obéissance, le père des bourreaux.

Ces enfants de la contrainte violente et de l’obéissance servile, représentant la majorité de la population dite «gens normaux», constitue de futurs bourreaux, pervers narcissiques, disposés à semer la terreur et la mort si quelque autorité l’exige.

Revenons à cette douce expérience scientifique dévoilant l’humanité profonde de nos contemporains. Au cours des décharges électriques, comment expliquer que ces cobayes (cowboys ?) se montrent aussi insensibles aux cris de douleur émis par les personnes en situation de torture ? D’autant que l’expérience inclut un feed-back émotionnel dont on pourrait penser qu’il devrait inciter les sujets de l’expérience à refuser de poursuivre. En fait, en élèves dociles et soumis, ayant intégré les mécanismes de la torture sociétale et de la souffrance pathologique intériorisée, tolérée et acceptée, ces gens agissent en criminels et assassins car ils sont éducativement et socialement « normaux», à l’image de la société autoritaire qui les a façonnés, embrigadés fabriqués en vue de leur obéissance.

«Qui aime bien châtie bien.» «Si je te fais mal, c’est pour ton bien», ou bien : «Tu me remercieras plus tard.» Voici le genre de maximes d’une grande humanité que tout enfant s’entend asséner par ses parents, ses professeurs et autres autorités de substitution. «Qui aime bien châtie bien», aime à répéter le parent à sa progéniture. Alors que la réalité humaine nous prouve que celui qui aime ne châtie pas.

Avec de tels «principes éducatifs» et la souffrance et la torture font alors partie de leur conception de la vie, principes assimilés au «bien». Châtier et supporter les châtiments constituent un mode de fonctionnement normal, psychologique et éducatif de l’homme élevé avec de tels principes éducatifs. Dès lors la frontière entre le bien et le mal est parasitée par des conceptions totalement erronées. La perception du bien et du mal est faussée. Eduqués par de telles conceptions éducatives confuses, il ne faut pas s’étonner que ces hommes soient potentiellement capables de se métamorphoser en criminels, en psychopathes. Des serviteurs zélés des pires régimes, des pires dictatures.

Ce sont ces mêmes «gens normaux» qui sont capables d’appuyer sur le bouton des décharges électriques, sans discontinuer, sans scrupule ni remord.

De toute évidence, cette obéissance, cette déficience mentale est le corollaire de l’autorité. Sans autorité instituée et contraignante, point d’obéissance. Sans apprentissage précoce et intériorisation de la soumission à l’autorité, point d’obéissance. Par son obéissance, l’homme signe sa soumission et reconnaît à l’autre le droit d’exercer son autorité. On récompense l’obéissance au degré élevée de sa soumission à l’autorité. Plus l’obéissance est obéissante, plus la servitude est récompensée.

L’homme n’a rien à apprendre du chien en matière d’obéissance à son maître. D’ailleurs, depuis que le chien est devenu l’ami de l’homme, il a perdu sa liberté. Il a développé un instinct humain d’obéissance remarquable par sa longévité. Et il n’est pas près de s’en défaire, à l’image de son «maître», l’homme, qui porte l’obéissance comme une seconde peau.

Excepté dans les contextes extrêmes de guerre, de colonialisme, d’esclavage, de prise d’otage, l’obéissance s’exécute librement, elle s’offre en toute quiétude à l’autorité. Dès lors, ce n’est pas l’autorité qu’il faut incriminer, mais l’obéissance qu’il faut condamner. Pas d’autorité sans obéissance. Eliminer l’obéissance : l’autorité aussitôt s’effondre, s’éteint. En vérité, il est plus difficile de venir à bout de l’obéissance que de l’autorité. L’obéissance est un cancer qui ronge la société autoritaire.

L’apprentissage de l’obéissance s’exerce principalement au sein de l’éducation nationale. A cet égard, les circulaires de l’éducation nationale sont explicites. Ces écoles-casernes se chargent d’inculquer la discipline. Le conditionnement s’exerce durant au moins une quinzaine d’années pour fabriquer des adultes diplômés ès obéissance. Des adultes prêts à s’engager sous l’autorité d’un patron, d’un haut gradé pour servir dans l’armée, sévir sous toute autorité. Prêts à appuyer sur le bouton des décharges électriques.

De même, le sport, notamment d’équipe, est une autre école de cette violence exercée contre la liberté d’agir et de penser. L’école du sport (qu’il faut différencier du sport pratiqué par plaisir individuellement) se charge également d’enseigner la discipline, l’obéissance, notamment dans les clubs. Il n’est donc pas surprenant que l’école et le plus populaire sport, le football, soient devenus des terrains d’exercice des pires violences. Pas surprenant que la société capitaliste fondée sur l’obéissance à l’autorité ait fait de l’école et du football les lieux privilégiés du conditionnement social, d’embrigadement idéologique.

De surcroît, Il ne faut pas oublier le rôle de la télévision et du cinéma. En effet, ces deux instances médiatiques et filmiques diffusent quotidiennement des émissions et des films où toutes les violences gratuites sont ainsi légitimées. Ces deux médias participent à la banalisation de la violence, à la normalisation des comportements antisociaux par la diffusion de programmes et de films valorisant la violence.

On entend souvent dire que «les prisons sont la meilleure école pour fabriquer des bandits, des psychopathes, des malades mentaux». Mais c’est notre société capitaliste contemporaine moderne qui est la meilleure école pour fabriquer ces spécimens, ces énergumènes, à l’échelle industrielle. Ces bandits et malades mentaux, devenus la norme, capables d’appuyer sans scrupule sur le bouton de décharges électriques sans interruption.

Par l’intériorisation de la maxime hautement éducative «qui aime bien châtie bien» (je te fais du mal pour te faire du bien), la souffrance individuelle intégrée comme une bienfaisante action publique, il n’est pas surprenant que le docile et obéissant enfant se mue à l’âge adulte en potentiel bourreau. Que la majorité de ces adultes figurent parmi les quatre-vingts pour cent des cobayes disposés à appuyer sans scrupule sur le bouton des décharges électriques, avec une joie carnassière et une férocité jubilatoire. L’expérience scientifique s’est déroulée dans une situation normale, au sein d’un laboratoire, avec des personnes innocentes. Qu’adviendrait-il dans un contexte de bellicosité réelle ? Assurément, la férocité de ces personnes se déplorerait et se déchaînerait avec une plus sanglante cruauté.

Cette expérience scientifique dévoile la nature pathologique de la majorité des hommes et femmes de notre société. La férocité dont ils sont capables révèle des personnalités psychopathiques. Ces caractéristiques pathologiques ne sont pas la conséquence de facteurs externes, mais la traduction du fonctionnement même de leur «normalité». Aussi longtemps que l’autorité et l’obéissance constituent des vertus sociales, la société fonctionnera comme une jungle composée d’animaux bipèdes régis par le seul instinct de domination et de meurtre. La vie n’a aucune valeur.

Dans le rapport analysant l’expérience scientifique, il est indiqué que «mieux le sujet était intégré à la société, plus il était susceptible d’obéir à l’ordre de torturer». Ce constat est alarmant. Cela révèle que 80% de gens socialement intégrés, dits «civilisés», sont disposés à torturer, à maltraiter, à massacrer des personnes en cas de nécessité. Par exemple, sévir comme mercenaires au service du terrorisme d’Etat, des bandes criminelles religieuses ou mafieuses, des milices ethniques irrédentistes. Que l’on ne s’étonne pas des récurrents massacres collectifs perpétrés par des jeunes psychopathes au sein des établissements scolaires. Des jeunes psychopathes disposés à se faire exploser au milieu d’une foule. A foncer au volant d’un camion sur des piétons.

Au reste, si 80% acceptent joyeusement d’exécuter des ordres inhumains, cela laisse une grande marge de manœuvre à l’Etat pour puiser une masse moutonnière brute disposée à remplir les basses besognes criminelles et meurtrières pour perpétuer son ordre établi. J’ai toujours pensé que le fascisme se love dans le giron de la démocratie bourgeoise, dans les entrailles du capital. Le fascisme est le frère siamois de la démocratie bourgeoise. Ce sont les deux revers de la même médaille capitaliste.

Dans l’expérience scientifique, il demeure 20% qui n’ont pas exécuté les ordres. Selon le compte rendu du rapport, «les insoumis étaient plutôt les marginaux, des individus mal intégrés». Le salut de l’humanité viendrait-il de sa marge ? Et en marge de l’ordre existant ? Salut porté par cette frange pourvue encore d’humanité, réfractaire à toute obéissance, révoltée congre toute autorité, éprise de principes de liberté et d’égalité, attachée à la fraternité ?

«Tu es malade, petit homme, très malade ! Ce n’est pas ta faute. Mais il ne tient qu’à toi de te débarrasser de ton mal. Tu te serais débarrassé depuis longtemps de tes oppresseurs si tu n’avais toléré et parfois soutenu activement l’oppression. Aucune force de police au monde ne serait assez puissante pour te supprimer s’il y avait, dans ta vie quotidienne, seulement une étincelle de respect de toi-même, si tu avais la conviction intime que sans toi, la vie ne continuerait pas un seul jour.»

«Tu refuses d’être un aigle, petit homme, c’est pourquoi tu es la proie des vautours.» (Wilhelm Reich)

MK

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